Online citizen consultation: comparing platforms
Une consultation en ligne échoue rarement à cause de sa plateforme ; elle échoue quand personne ne sait ce que deviennent les contributions. Six solutions comparées sur huit critères identiques, et l'engagement à prendre avant de choisir l'outil.
Une consultation en ligne se juge à une question que les participants se posent quelques mois plus tard : qu’est-il advenu de ce que nous avons proposé ? Si la réponse est le silence, la prochaine consultation réunira moins de monde, et plus méfiant. Le choix parmi les outils de consultation citoyenne vient donc en second. En premier vient la promesse faite aux participants.
Avant l’outil, la promesse
Trois éléments doivent être fixés, et écrits, avant de choisir une plateforme. Ce sur quoi l’on consulte : une question précise, un projet, un budget, avec ce qui est réellement ouvert à discussion et ce qui ne l’est pas. Ce que l’on fera des contributions : qui les lit, comment elles sont analysées, quel poids elles auront dans la décision. Quand et comment on rendra compte : date de publication de la synthèse, explication des choix retenus et écartés.
Les lignes directrices de l’OCDE sur les processus de participation citoyenne, publiées en 2022, insistent sur ce point : la clarté de l’objectif et le retour fait aux participants conditionnent la confiance, bien plus que le canal utilisé. Notre synthèse sur qui participe vraiment en ligne montre aussi pourquoi un outil numérique seul tend à surreprésenter les publics déjà engagés.
Une plateforme ne crée ni la participation, ni la confiance. Elle les rend possibles si la question est claire, si les contributions sont réellement lues et si l’autorité rend compte de ce qu’elle en a fait.
Six solutions représentatives
Decidim est un logiciel libre né à Barcelone en 2016, porté par une association et une communauté internationale. Il couvre un large éventail de processus : propositions, débats, budgets participatifs, assemblées, suivi des résultats. Il est utilisé par de nombreuses villes et administrations, souvent avec des prestataires qui l’hébergent et le configurent.
CONSUL Democracy est un logiciel libre lancé par la ville de Madrid en 2015, aujourd’hui porté par une fondation. Il propose propositions citoyennes, votes, budgets participatifs et législation collaborative. Il est déployé dans de nombreux pays, notamment en Amérique latine.
Cap Collectif est une plateforme française proposée en service clés en main, utilisée par des administrations, des collectivités et des organisations. Elle couvre consultations, appels à projets, budgets participatifs et questionnaires, avec un accompagnement par l’éditeur.
Go Vocal, anciennement CitizenLab, est une plateforme belge proposée en service, centrée sur les collectivités, avec des fonctions d’analyse des contributions assistée par l’IA.
Pol.is est un outil libre d’un genre différent : les participants réagissent à de courtes affirmations, et l’outil fait apparaître des groupes d’opinion et les points de consensus entre eux. Il a été utilisé notamment dans le processus vTaiwan. Il complète une plateforme plus qu’il ne la remplace.
Les outils de questionnaire, comme LimeSurvey, logiciel libre, suffisent pour une consultation simple à questions fermées et ouvertes. Ils n’offrent ni débat, ni suivi des propositions, mais leur simplicité est un atout pour un premier exercice.
Huit critères, les mêmes pour tous
| Critère | Decidim | CONSUL Democracy | Cap Collectif | Go Vocal | Pol.is | Questionnaire |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Modèle | Libre | Libre | Service d’un éditeur | Service d’un éditeur | Libre | Libre ou service selon l’outil |
| Hosting | Chez soi ou chez un prestataire | Chez soi ou chez un prestataire | Par l’éditeur | Par l’éditeur | Chez soi ou service hébergé | Selon l’outil |
| Types de processus | Très large | Large | Large | Large | Cartographie d’opinions | Questions fermées et ouvertes |
| Budget participatif | Oui | Oui | Oui | Oui | Non | Non |
| Modération | Outils complets, à organiser | Outils complets, à organiser | Outils et accompagnement | Outils et accompagnement | Modération des affirmations | Limitée |
| Suivi et compte rendu | Module de suivi des résultats | Suivi des propositions | Restitution intégrée | Restitution intégrée | Rapport d’analyse | Export des réponses |
| Effort d’exploitation | Élevé sans prestataire | Élevé sans prestataire | Faible | Faible | Moyen | Faible |
| Accessibility | À vérifier pour chaque solution et chaque version : demander la déclaration d’accessibilité et faire tester les parcours clés (inscription, contribution, vote) au regard du RGAA ou des WCAG | |||||
Nous ne comparons pas les prix, qui dépendent de la taille de la collectivité, de la durée et du niveau d’accompagnement. Pour les solutions libres, le chiffrage doit inclure l’hébergement, la maintenance, la sécurité et le temps d’animation interne.
Libre ou clés en main : l’arbitrage principal
- Maîtrise des données et du lieu d’hébergement
- Pas de dépendance à un éditeur unique
- Mutualisation possible entre collectivités
- Exige des compétences, ou un prestataire, pour l’exploitation et les mises à jour
- Mise en route rapide, accompagnement inclus
- Mises à jour et sécurité assurées par l’éditeur
- Dépendance au contrat : vérifier l’export des données et la réversibilité
- Hébergement et sous-traitants à examiner au regard du RGPD
Deux critères pèsent plus que ne le laissent penser les démonstrations. La modération : une consultation ouverte reçoit des contributions hors sujet, des doublons, parfois des propos injurieux ; il faut des règles publiées et des personnes pour les appliquer, chaque jour de la consultation. L’analyse : lire et synthétiser des centaines de contributions libres demande du temps ; l’assistance par l’IA aide à regrouper les thèmes, mais la synthèse finale doit rester relue et assumée par une personne, et sa méthode doit être publiée.
Trois points de vigilance
L’accessibilité. Une consultation publique doit pouvoir être suivie par les personnes handicapées, les personnes âgées peu familières du numérique, les personnes qui lisent difficilement. Les éditeurs et les communautés des logiciels libres travaillent ces sujets, mais le niveau réel dépend de la version, de la configuration et des contenus ajoutés par la collectivité elle-même : un document PDF non balisé ou une carte interactive sans alternative suffit à exclure. Faites tester les parcours principaux, et prévoyez toujours un moyen de contribuer sans passer par la plateforme.
L’identification des participants. Plus la vérification est forte, plus la consultation est fiable, et plus elle exclut ceux qui n’ont pas les moyens d’identification requis. Une démarche d’idées peut se contenter d’une adresse électronique ; un vote engageant un budget justifie une vérification de résidence, qu’il faut alors organiser aussi hors ligne. Annoncez la règle avant l’ouverture, pas après la contestation des résultats.
Les données des participants. Une contribution citoyenne peut révéler des opinions politiques, une situation sociale, un handicap. La collectivité reste responsable de ces données au sens du RGPD, même quand la plateforme est opérée par un éditeur : durée de conservation, sous-traitants, lieu d’hébergement, droits des personnes doivent être fixés et publiés. La publication des contributions en données ouvertes, que permettent plusieurs des outils cités, demande une anonymisation soignée.
Avant de signer, posez à chaque fournisseur ou prestataire les mêmes questions : comment exporter l’ensemble des contributions et des votes dans un format ouvert ? Qui modère, selon quelles règles, avec quels délais ? Quelle déclaration d’accessibilité pouvez-vous fournir pour la version proposée ? Où sont hébergées les données, et par qui ? Les réponses départagent souvent mieux les outils de consultation citoyenne que la liste de leurs fonctionnalités.
Our recommendation
Pour une première consultation sur une question simple, un questionnaire bien conçu, complété par des contributions recueillies sur place, et une synthèse publiée à date fixe valent mieux qu’une plateforme ambitieuse sous-utilisée. Pour une démarche durable (budget participatif annuel, concertations répétées), une plateforme complète se justifie : libre si vous disposez des compétences ou d’un prestataire, et si la maîtrise des données est une priorité ; clés en main si l’équipe est réduite, en négociant d’emblée la réversibilité.
Dans tous les cas, la consultation en ligne doit s’inscrire dans les autres canaux de relation avec les habitants, avec la même identité, les mêmes exigences d’accessibilité et la même cohérence que le reste des services. C’est l’approche de notre expertise guichet unique numérique, détaillée dans notre dossier sur la conception d’un service public de bout en bout.
- OCDE, Lignes directrices de l’OCDE sur les processus de participation citoyenne, 2022.
- OCDE, Recommandation du Conseil sur le gouvernement ouvert, 2017.
- Decidim, documentation officielle du projet.
- CONSUL Democracy Foundation, documentation officielle du projet.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une consultation et une concertation ?
Une consultation recueille des avis sur un projet ou une question, l'autorité restant libre de sa décision. Une concertation associe les participants à l'élaboration du projet, sur une durée plus longue et avec des échanges répétés. Les plateformes servent aux deux, mais ne remplacent pas les rencontres physiques, en particulier pour la concertation.
Faut-il identifier les participants ?
Cela dépend de l'enjeu. Pour recueillir des idées, une inscription légère suffit. Pour un vote sur un budget participatif réservé aux habitants, il faut vérifier la résidence ou l'identité, ce qui pose des questions de données personnelles et d'exclusion. Le niveau de vérification doit être proportionné et annoncé à l'avance.
Une plateforme libre est-elle moins chère ?
Le logiciel est gratuit, son exploitation ne l'est pas : hébergement, mises à jour, sécurité, configuration, accompagnement. Le coût total peut être proche de celui d'un service clés en main. L'avantage du libre tient surtout à la maîtrise des données, à l'absence de dépendance à un éditeur et à la mutualisation entre collectivités.
Comment attirer des participants au-delà des habitués ?
En allant les chercher là où ils sont : relais associatifs, permanences physiques avec saisie accompagnée, contributions possibles par téléphone ou sur papier, communication dans plusieurs langues si nécessaire. La plateforme n'est qu'un canal parmi d'autres.