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Cryptographie post-quantique : pourquoi inventorier dès maintenant
Aucun ordinateur quantique ne casse aujourd'hui les chiffrements en usage. Les normes de remplacement existent pourtant déjà, et le travail qui prend le plus de temps ne dépend pas d'elles : savoir où se trouve sa cryptographie.
La question revient dans les comités de sécurité : faut-il s’occuper du post-quantique alors qu’aucun ordinateur quantique ne sait casser RSA ou les courbes elliptiques ? La réponse courte est oui, mais pas en achetant quoi que ce soit. Ce qu’il faut lancer maintenant, c’est un inventaire. Il est long, il ne dépend d’aucun fournisseur, et c’est lui qui conditionne tout le reste.
Ce qui a changé en dix-huit mois
Le sujet a quitté le domaine de la recherche. En août 2024, le NIST américain a publié ses trois premières normes de cryptographie post-quantique : FIPS 203 pour l’établissement de clés (ML-KEM), FIPS 204 et FIPS 205 pour la signature (ML-DSA et SLH-DSA). En mars 2025, il a retenu un algorithme supplémentaire d’établissement de clés, HQC, pour disposer d’une alternative fondée sur d’autres hypothèses mathématiques.
En Europe, la Commission a adopté en avril 2024 une recommandation appelant les États membres à coordonner leur transition. Le groupe de coopération NIS a ensuite publié, en juin 2025, une feuille de route commune : engager la transition dès 2026, protéger les usages à haut risque vers 2030, et achever la migration autant que possible d’ici 2035. En France, l’ANSSI recommande depuis 2022 une approche hybride, qui combine un algorithme classique éprouvé et un algorithme post-quantique, plutôt qu’un remplacement brutal.
Un attaquant peut enregistrer aujourd’hui des échanges chiffrés et attendre de pouvoir les déchiffrer. Pour des données qui doivent rester confidentielles dix ou vingt ans (santé, état civil, défense, secrets industriels), la menace n’est pas future : la collecte, elle, peut avoir lieu maintenant.
Pourquoi l’inventaire d’abord
La cryptographie est partout et presque jamais documentée. Elle se cache dans les certificats des serveurs web, les VPN, les cartes à puce, les signatures de documents, les mises à jour de micrologiciels, les bases de données chiffrées, les jetons d’authentification, les bibliothèques embarquées dans des applications achetées il y a dix ans. Personne, dans la plupart des organisations, ne sait dire combien de systèmes utilisent RSA-2048, ni lesquels ne pourront jamais être mis à jour.
Or la migration ne se fera pas par un seul changement. Certains équipements suivront par une simple mise à jour ; d’autres devront être remplacés, parfois des automates ou des terminaux dont la durée de vie dépasse quinze ans. Le calendrier européen ne laisse donc pas tant de marge qu’il y paraît.
- Recenser les usagesPour chaque application et chaque équipement : algorithmes, tailles de clés, bibliothèques, protocoles, certificats, et qui en est responsable.
- Qualifier la durée de confidentialitéCombien de temps les données protégées doivent-elles rester secrètes ? Combien de temps une signature doit-elle rester probante ? C’est ce qui fixe les priorités.
- Repérer ce qui ne bougera pasÉquipements sans mise à jour possible, logiciels dont l’éditeur a disparu, formats d’archives signées : ce sont eux qui dicteront les échéances de remplacement.
- Interroger les fournisseursDemander à chaque éditeur sa feuille de route post-quantique et l’inscrire dans les prochains marchés, comme une exigence d’agilité cryptographique : pouvoir changer d’algorithme sans refaire le système.
Ce qu’il est trop tôt pour faire
Remplacer en masse les algorithmes actuels par des algorithmes post-quantiques seuls serait prématuré. Les implémentations sont jeunes, leurs performances et leurs tailles de clés et de signatures pèsent sur certains protocoles, et les autorités recommandent l’hybridation pendant la transition. Méfiance aussi envers les offres « prêtes pour le quantique » qui ne précisent ni les algorithmes ni les normes suivies.
L’inventaire, en revanche, sert dans tous les cas : il améliore la gestion des certificats, révèle des algorithmes déjà obsolètes et prépare les audits NIS 2. C’est le type de chantier que structure notre accompagnement en cybersécurité et conformité, en le reliant au registre des risques plutôt qu’en le menant à part.
- NIST, FIPS 203, FIPS 204 et FIPS 205, août 2024 ; sélection de HQC, mars 2025.
- Commission européenne, recommandation sur une feuille de route coordonnée pour la transition vers la cryptographie post-quantique, avril 2024.
- Groupe de coopération NIS, feuille de route coordonnée de mise en œuvre de la transition post-quantique, juin 2025.
- ANSSI, avis sur la migration vers la cryptographie post-quantique, 2022, et son suivi de 2023.
Pour approfondir : Gouvernance & traçabilité