Reading an electronic ID card: solutions compared
Lire la puce d'une carte d'identité électronique, c'est pouvoir vérifier qu'elle a été émise par l'État et n'a pas été modifiée. Cinq familles de solutions le permettent plus ou moins bien ; voici comment les comparer sur les mêmes critères.
Une carte d’identité électronique contient une puce qui stocke les données du titulaire et sa photo, signées par l’autorité qui l’a délivrée. Encore faut-il la lire, et vérifier cette signature. Les lecteurs de cartes d’identité électroniques recouvrent en fait cinq familles de solutions, très différentes par leur usage, leur niveau de garantie et leur intégration. Ce comparatif les examine sur les mêmes critères, sans classement de marques ni prix, qui varient trop selon les volumes et les pays.
Ce que la puce permet de prouver
La plupart des cartes d’identité électroniques récentes suivent les spécifications du document 9303 de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), conçues pour les passeports et étendues aux cartes. Dans l’Union européenne, le règlement (UE) 2019/1157 impose depuis août 2021 des cartes dotées d’une puce sans contact conforme à ces spécifications.
Trois mécanismes comptent pour une vérification. Le contrôle d’accès (BAC, ou PACE, plus robuste) exige une clé dérivée des informations imprimées sur la carte : on ne lit pas la puce à l’insu du titulaire. L’authentification passive vérifie la signature de l’émetteur sur les données, à l’aide des certificats des autorités nationales, diffusés notamment par le répertoire de clés publiques de l’OACI : elle prouve que les données n’ont pas été modifiées. L’authentification de la puce (active ou par « chip authentication ») prouve que la puce n’a pas été clonée.
Une solution qui lit la puce sans vérifier la signature de l’émetteur avec des certificats à jour n’apporte guère plus de garantie qu’une photocopie. C’est le premier critère à contrôler, quelle que soit la famille de lecteur.
Les cinq familles de solutions
Le lecteur de carte à puce à contact se branche sur un poste de travail et dialogue avec la carte selon la norme ISO/IEC 7816. Il ne sert que pour les cartes dotées d’une puce à contact, ce qui est le cas de certaines cartes nationales, mais pas de la majorité des cartes récentes, devenues sans contact.
Le lecteur sans contact de bureau lit les puces conformes à la norme ISO/IEC 14443. Peu coûteux, il demande un logiciel capable de gérer les protocoles de l’OACI et l’acquisition de la clé d’accès, soit par saisie, soit par lecture de la bande MRZ avec une caméra ou un lecteur optique séparé.
Le lecteur de documents complet associe, dans un même boîtier, un scanner pleine page en lumière visible, infrarouge et ultraviolette, la lecture automatique de la MRZ et une antenne pour la puce. Il est conçu pour les guichets, les banques, les hôtels et les contrôles aux frontières, et vérifie à la fois la puce et certains éléments de sécurité imprimés.
Le téléphone équipé de NFC, avec une application ou un kit de développement, lit la puce sans matériel dédié. C’est la solution des parcours à distance (ouverture de compte, inscription en ligne) et des contrôles mobiles. Plusieurs États l’utilisent pour leurs propres applications d’identité.
La lecture optique seule photographie la carte et en extrait les données par reconnaissance de caractères. Elle ne lit pas la puce. Elle reste très répandue, mais elle ne permet que des contrôles visuels, plus ou moins automatisés.
Comparaison sur les mêmes critères
| Critère | Contact | Sans contact de bureau | Lecteur de documents | Téléphone NFC | Optique seule |
|---|---|---|---|---|---|
| Lecture de la puce | Oui, cartes à contact seulement | Oui | Oui | Oui | Non |
| Vérification de l’émetteur | Selon le logiciel | Selon le logiciel | Généralement intégrée | Selon l’application | Impossible |
| Contrôle des éléments imprimés | Non | Non | Oui (infrarouge, ultraviolet) | Limité, par la caméra | Limité, par la caméra |
| Acquisition de la clé d’accès | Sans objet ou code | Saisie ou lecteur optique ajouté | Automatique | Caméra du téléphone | Sans objet |
| Usage typique | Postes administratifs, signature | Guichet à faible volume | Guichet à fort volume, frontières | Parcours à distance, contrôle mobile | Pré-remplissage de formulaires |
| Intégration | Pilotes standard du poste | Pilotes standard et logiciel spécialisé | Kit du fabricant | Kit de développement mobile | Service ou bibliothèque de reconnaissance |
| Fiabilité de lecture | Élevée | Bonne, sensible au positionnement | Élevée | Variable selon les téléphones | Dépend de la photo |
- Vérifie la puce et les éléments de sécurité imprimés en un seul geste
- Lecture rapide et répétable, adaptée aux volumes
- Prise en charge de nombreux types de documents étrangers
- Aucun matériel à déployer, utilisable à distance
- Dépend du téléphone de l’usager et de son aisance
- Exige une application tenue à jour, certificats compris
Ce que la lecture ne prouve pas
Même parfaitement lue et vérifiée, une carte ne dit pas tout. Elle ne prouve pas que la personne qui la présente en est le titulaire : il faut une comparaison avec la photo, par un agent ou par un dispositif de reconnaissance faciale avec détection du vivant, qui pose ses propres questions de précision et de protection des données. Elle ne prouve pas non plus que le titre est toujours valide : une carte déclarée perdue ou volée conserve une puce parfaitement authentique. Seule la consultation d’un service de l’État émetteur, quand il existe et qu’on y a accès, permet de le savoir.
Ces limites sont développées dans notre article pourquoi la puce ne suffit pas. Elles conditionnent le choix : un guichet où un agent compare la photo n’a pas les mêmes besoins qu’un parcours entièrement à distance.
Trois critères souvent oubliés
La mise à jour des certificats. L’authentification passive repose sur les certificats des autorités émettrices de chaque pays, qui sont renouvelés régulièrement. Une solution dont les certificats ne sont plus à jour rejette des cartes authentiques ou, pire, cesse discrètement de vérifier. Il faut savoir qui maintient ces listes (le fabricant, l’éditeur du logiciel, l’organisation elle-même), à quelle fréquence, et à partir de quelles sources : listes maîtresses publiées par les États, répertoire de clés publiques de l’OACI. Pour un service qui accepte des documents étrangers, la couverture des pays devient un critère de choix à part entière.
La protection des données lues. La puce contient la photo du titulaire, et le lecteur de documents complet produit des images haute définition de la carte. Ces données sont sensibles et attractives pour les fraudeurs. Une solution bien conçue permet de paramétrer ce qui est extrait, ce qui est transmis au système métier et ce qui est effacé après la vérification. Elle chiffre les échanges entre le lecteur et le serveur, et ne transmet rien à un service tiers sans que l’organisation l’ait décidé. Le principe de minimisation, rappelé par les autorités de protection des données, conduit à ne conserver que le résultat de la vérification lorsque aucune obligation n’impose davantage.
L’expérience de l’usager et de l’agent. Une lecture sans contact échoue souvent pour des raisons physiques : carte mal positionnée, étui métallique, antenne du téléphone placée ailleurs que là où l’usager l’imagine. Une bonne solution guide la personne par des indications claires, visuelles et textuelles, accessibles aux personnes malvoyantes, et propose une alternative après plusieurs échecs. Au guichet, la lecture doit tenir dans le geste de l’agent, sans multiplier les écrans ni les ressaisies.
Choisir selon le lieu de lecture
Au guichet d’une administration ou d’une mairie, à volume moyen ou fort, le lecteur de documents complet offre le meilleur rapport entre garantie et rapidité. À faible volume, un lecteur sans contact associé à un logiciel qui vérifie l’émetteur peut suffire.
Pour un parcours à distance, le téléphone NFC est la seule solution qui lit la puce. Il doit être associé à une vérification de la présence du titulaire et à une solution de repli pour les usagers dont le téléphone ne lit pas la carte.
Pour un contrôle mobile (agents sur le terrain), un téléphone ou une tablette professionnelle NFC, géré par l’organisation, évite de dépendre du matériel de l’usager.
Dans tous les cas, trois questions s’appliquent : les certificats des autorités émettrices sont-ils mis à jour, et par qui ? Quelles données sont conservées après la lecture, et combien de temps ? Que se passe-t-il quand la lecture échoue ? Les réponses à ces questions distinguent davantage les solutions que leurs fiches techniques.
Pour les administrations qui délivrent elles-mêmes les titres ou gèrent les registres en amont, notre produit État civil et notre expertise identité numérique traitent la chaîne complète, de l’acte de naissance au titre vérifiable.
- Organisation de l’aviation civile internationale, Doc 9303, Documents de voyage lisibles à la machine, notamment les parties consacrées à la sécurité des puces.
- Règlement (UE) 2019/1157 du Parlement européen et du Conseil du 20 juin 2019 relatif au renforcement de la sécurité des cartes d’identité des citoyens de l’Union, Journal officiel de l’Union européenne.
- ISO/IEC 7816 (cartes à circuit intégré à contacts) et ISO/IEC 14443 (cartes de proximité sans contact).
- BSI (Office fédéral allemand de la sécurité de l’information), TR-03110, mécanismes de sécurité avancés pour les documents de voyage lisibles à la machine.
Questions fréquentes
Quelle différence entre lire la bande MRZ et lire la puce ?
La bande MRZ est la zone de caractères lisibles par machine imprimée au dos de la carte : la lire par reconnaissance optique donne les données imprimées, sans aucune garantie qu'elles n'ont pas été falsifiées. La puce contient les mêmes données, signées numériquement par l'autorité émettrice. La lire et vérifier cette signature permet de détecter une modification ou une contrefaçon.
Un téléphone peut-il lire une carte d'identité électronique ?
Oui, si la carte est dotée d'une puce sans contact conforme aux spécifications de l'OACI et si le téléphone dispose de la technologie NFC. Une application lit alors la puce après avoir obtenu la clé d'accès, à partir de la bande MRZ ou du numéro d'accès imprimé sur la carte. La qualité de lecture varie selon les modèles de téléphone et la position de l'antenne.
Peut-on lire les empreintes digitales stockées dans la puce ?
En règle générale, non. Les empreintes sont protégées par un mécanisme de contrôle d'accès étendu, réservé aux autorités habilitées par l'État émetteur, qui délivre les certificats nécessaires. Un organisme privé lit la photo et les données d'identité, pas les empreintes.
Faut-il conserver l'image de la carte après la lecture ?
Seulement si un texte ou une obligation précise l'exige, comme certaines obligations de connaissance du client dans le secteur financier. Sinon, le principe de minimisation conduit à ne conserver que le résultat de la vérification et les données strictement nécessaires, pour une durée définie.