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Comparisons

Machine translation in business: comparing quality and confidentiality

Coller un contrat dans un traducteur en ligne est un geste quotidien et un risque rarement évalué. Cinq familles d'outils de traduction IA, les mêmes critères pour toutes, et une méthode pour mesurer la qualité sur vos propres textes plutôt que sur des classements publics.

7 min

Un juriste reçoit un contrat en portugais. Il le colle dans un traducteur en ligne, obtient en dix secondes une version française lisible et passe à la suite. Il a peut-être transmis un document confidentiel à un service dont il ne connaît pas les conditions, et il n’a aucun moyen de savoir si la clause de responsabilité a été fidèlement rendue. Les outils de traduction IA sont devenus excellents ; la question n’est plus de savoir s’ils fonctionnent, mais lequel convient à quel usage, avec quelles garanties.

Deux questions avant de comparer

Que traduit-on ? Comprendre un courriel reçu, produire la version anglaise d’un rapport annuel, traduire une notice de médicament ou un acte juridique : ces usages n’ont ni le même niveau d’exigence, ni le même niveau de sensibilité. Un même outil peut convenir au premier et être inacceptable pour le dernier.

Où vont les textes ? Chaque traduction envoie le texte à un serveur. Selon le service et l’offre, le texte peut être supprimé aussitôt, conservé un temps, ou réutilisé pour améliorer le service. Pour un document couvert par le secret professionnel, des données de santé ou des données personnelles, la réponse conditionne la conformité au RGPD et aux obligations du métier.

La différence qui compte

Les versions gratuites grand public et les offres professionnelles d’un même éditeur n’ont souvent pas les mêmes conditions de conservation et de réutilisation des textes. Une politique interne simple évite la plupart des incidents : quels outils sont autorisés, pour quelles catégories de documents, avec quel compte.

Cinq familles d’outils

Les services spécialisés de traduction, comme DeepL ou Systran, ont la traduction pour cœur de métier. Ils proposent des glossaires, la traduction de documents en conservant la mise en page, des offres professionnelles et, pour certains, une installation sur les serveurs du client.

Les services de traduction des grands clouds (Google Cloud Translation, Azure AI Translator de Microsoft, Amazon Translate) s’utilisent surtout par API, pour intégrer la traduction dans une application, un site ou un flux documentaire. Ils couvrent un grand nombre de langues et permettent souvent la personnalisation sur des corpus propres.

Les grands modèles de langage, utilisés via les offres entreprises de leurs fournisseurs, traduisent en tenant compte d’instructions : registre, public, terminologie imposée. Ils excellent sur les textes rédactionnels ; ils demandent une vigilance particulière sur la fidélité, car ils peuvent reformuler, omettre ou compléter.

Les modèles ouverts hébergés chez soi regroupent des modèles spécialisés, comme ceux du projet OPUS-MT de l’université d’Helsinki ou la famille NLLB publiée par Meta, ainsi que des modèles de langage ouverts. Ils permettent de traduire sans qu’aucun texte ne quitte l’organisation. Il faut vérifier la licence de chacun : certains n’autorisent pas l’usage commercial.

Les outils de traduction assistée par ordinateur (Trados, memoQ, Phrase, entre autres) ne traduisent pas eux-mêmes : ils orchestrent mémoires de traduction, glossaires et moteurs automatiques au service de traducteurs professionnels. Ils s’imposent dès qu’une équipe de traduction existe.

Le comparatif

Critère Services spécialisés Services des clouds Modèles de langage Modèles ouverts Outils de TAO
Usage principal Documents et textes courants, par les métiers Intégration dans des applications Textes rédactionnels, adaptation au public Documents sensibles, besoins spécifiques Production professionnelle
Fidélité au texte source Bonne, à vérifier par domaine Bonne, à vérifier par domaine Variable : risque d’omission ou d’ajout Variable selon le modèle et la langue Dépend du moteur et du traducteur
Terminologie imposée Glossaires Glossaires, modèles personnalisés Par instructions, moins garanti Par adaptation du modèle Point fort (bases terminologiques)
Conservation des textes Selon l’offre : lire le contrat Selon le contrat de service Selon l’offre entreprise Rien ne sort de l’organisation Selon le moteur branché
Lieu de traitement Nuage de l’éditeur, parfois sur site Régions de nuage au choix, selon le service Nuage du fournisseur Vos serveurs Selon le déploiement
Langues peu dotées Couverture limitée Couverture large, qualité inégale Qualité inégale Certains modèles visent explicitement ces langues Dépend du moteur
Mise en page des documents Point fort Selon le service Faible sans outillage À développer Point fort
Effort de mise en place Faible Moyen (développement) Faible à moyen Élevé (infrastructure, maintenance) Moyen (formation)

La ligne « langues peu dotées » mérite attention pour les organisations qui travaillent en Afrique ou avec des publics multilingues. Pour le wolof, le lingala, le bambara ou le kinyarwanda, les écarts entre outils sont bien plus importants que pour l’anglais ou l’espagnol, et les classements publiés, souvent centrés sur les langues les plus répandues, n’en disent presque rien.

Mesurer la qualité sur vos textes

Les classements publics et les campagnes d’évaluation, comme celles de la conférence WMT, sont utiles pour suivre l’état de l’art. Ils ne remplacent pas un test sur vos documents. Le protocole suivant tient en quelques jours.

  1. Constituer un échantillonUne cinquantaine de passages représentatifs de vos usages réels : courriels, notes, extraits de contrats, fiches techniques, dans chaque paire de langues utile. Retirer toute donnée personnelle ou confidentielle avant le test.
  2. Traduire avec chaque outil en liceMêmes textes, mêmes réglages, glossaire identique quand l’outil le permet.
  3. Faire évaluer à l’aveugleDes relecteurs compétents dans la langue et le domaine notent les traductions sans savoir quel outil les a produites. Une grille inspirée de la typologie d’erreurs MQM (exactitude, terminologie, fluidité, style) structure l’exercice.
  4. Compter les erreurs graves à partUn contresens sur un montant, une négation perdue, une obligation transformée en faculté : une seule erreur de ce type pèse plus que dix maladresses de style.
  5. Croiser avec les contraintesConfidentialité, lieu de traitement, coût, intégration. L’outil retenu est rarement le meilleur sur tous les plans ; il est le meilleur compromis pour l’usage visé.

Les métriques automatiques (BLEU, COMET) servent à comparer rapidement des versions d’un même moteur. Pour choisir entre outils, l’avis humain sur vos textes reste la référence.

Écrire une politique d’usage en une page

Le choix d’un outil ne protège rien s’il n’est pas accompagné de règles connues de tous. Une politique d’usage de la traduction automatique tient en une page et répond à quatre questions.

Quels outils sont autorisés ? Nommez-les, avec le type de compte à utiliser (compte professionnel de l’organisation, jamais un compte personnel) et la façon d’y accéder. Ce qui n’est pas cité est réputé interdit pour les documents internes.

Pour quelles catégories de documents ? Une classification simple suffit : documents publics, documents internes, documents confidentiels ou contenant des données personnelles. À chaque catégorie correspond un outil autorisé, ou aucun.

Qui relit, et quand ? Toute traduction publiée, envoyée à l’extérieur ou ayant une portée juridique passe par une relecture humaine par une personne compétente dans la langue et le domaine. La norme ISO 18587 distingue utilement une post-édition légère, qui vise un texte compréhensible et exact, d’une post-édition complète, qui vise une qualité équivalente à une traduction humaine.

Comment signaler un problème ? Une erreur grave constatée, un document confidentiel soumis par mégarde à un outil non autorisé : le signalement doit être simple et sans reproche, pour que l’organisation apprenne de l’incident.

Enfin, indiquez au lecteur quand un texte a été traduit automatiquement sans relecture complète. C’est une question de loyauté envers lui, et une protection en cas d’erreur.

Our recommendation

Pour les outils de traduction IA, une combinaison s’impose dans la plupart des organisations : une offre professionnelle d’un service spécialisé ou d’un fournisseur de modèles pour les usages courants, avec des conditions de confidentialité vérifiées ; une solution hébergée sur vos infrastructures pour les documents sensibles ; une relecture humaine obligatoire pour tout ce qui est publié ou engage l’organisation. Interdire purement et simplement les outils en ligne pousse les agents vers les versions gratuites, ce qui est le pire scénario.

Le même raisonnement vaut pour les autres outils d’IA appliqués aux documents, comme nous l’avons montré pour la transcription automatique des réunions. Notre offre IA d’entreprise aide à déployer ces outils dans un cadre maîtrisé : choix du modèle, hébergement, politique d’usage et contrôle qualité.

  1. ISO 18587:2017, Services de traduction, post-édition d’un résultat de traduction automatique, exigences, Organisation internationale de normalisation.
  2. ISO 17100:2015, Services de traduction, exigences relatives aux services de traduction, Organisation internationale de normalisation.
  3. Conference on Machine Translation (WMT), campagnes annuelles d’évaluation de la traduction automatique.
  4. Commission européenne, service de traduction automatique eTranslation.

Pour approfondir : IA d’entreprise · Automatisation des processus

Questions fréquentes

Les outils de traduction gratuits conservent-ils les textes ?

Cela dépend des conditions de chaque service. Les versions gratuites grand public peuvent prévoir la conservation ou la réutilisation des textes pour améliorer le service ; les offres professionnelles prévoient en général l'inverse. Seules les conditions contractuelles de l'offre que vous utilisez font foi : lisez-les avant d'y soumettre un document interne.

Un modèle de langage traduit-il mieux qu'un service spécialisé ?

Sur certains textes et certaines paires de langues, les grands modèles de langage donnent des traductions plus fluides et mieux adaptées au contexte. Ils peuvent aussi omettre ou ajouter des éléments, ce qui est grave pour un texte juridique ou technique. Seule une évaluation sur vos propres textes permet de trancher.

Peut-on se passer de relecture humaine ?

Pour comprendre un document reçu, souvent oui. Pour publier, contractualiser ou communiquer avec un patient ou un usager, non : une relecture par une personne compétente dans la langue et le domaine reste nécessaire. La norme ISO 18587 encadre précisément cette post-édition.

Les administrations ont-elles une solution dédiée ?

Dans l'Union européenne, la Commission met à disposition des administrations publiques un service de traduction automatique, eTranslation, avec des conditions d'accès propres. D'autres administrations recourent à des solutions hébergées sur leurs propres infrastructures pour les documents sensibles.

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