Plateformes d’apprentissage : Moodle, Canvas, Open edX comparés
Moodle, Canvas et Open edX sont trois plateformes d'apprentissage en ligne au code ouvert. Elles ne sont pas nées pour le même usage, et cela se voit encore dans ce qu'elles font bien. Comparaison loyale, critère par critère.
Choisir parmi les plateformes d’apprentissage en ligne revient souvent à choisir entre trois noms : Moodle, Canvas et Open edX. Toutes trois sont publiées sous licence libre, utilisées dans le monde entier, et capables d’héberger des cours, des devoirs, des évaluations et des forums. Leurs différences tiennent à leur origine, à leur modèle d’exploitation et au type de cours pour lequel elles ont été conçues.
Ce comparatif s’adresse aux établissements d’enseignement, aux ministères et aux organisations qui forment leurs personnels. Les mêmes critères sont appliqués aux trois plateformes. Aucune note n’est attribuée : le bon choix dépend du contexte.
Trois origines, trois logiques
Moodle est né au début des années 2000, porté par son fondateur Martin Dougiamas et développé depuis par Moodle HQ, en Australie, avec une large communauté. Il est publié sous licence GPL et écrit en PHP. Sa logique est celle d’une boîte à outils pédagogique : un très grand nombre d’activités et de réglages, des milliers d’extensions, une installation possible sur presque tout hébergement. Il est très présent dans les universités, l’enseignement scolaire et la formation professionnelle, y compris dans de nombreux pays francophones.
Canvas a été lancé en 2011 par l’éditeur américain Instructure. Son code est publié sous licence AGPL, mais il est surtout utilisé comme service hébergé par l’éditeur. Sa logique est celle d’un produit : une interface homogène, moins de réglages, une expérience proche des applications grand public. Il est très implanté dans l’enseignement supérieur nord-américain.
Open edX est issu d’edX, la plateforme de cours en ligne ouverts et massifs créée en 2012 par Harvard et le MIT. Le logiciel est publié sous licence AGPL et écrit en Python. Depuis la vente d’edX à une entreprise privée, le logiciel libre est porté par une organisation à but non lucratif, Axim Collaborative, issue des deux universités. Sa logique est celle du cours conçu pour des milliers d’apprenants : vidéos, exercices auto-corrigés, parcours séquencés, certificats.
Le comparatif
| Critère | Moodle | Canvas | Open edX |
|---|---|---|---|
| Licence | GPL | AGPL (code ouvert), offre commerciale hébergée | AGPL |
| Usage d’origine | Cours en établissement, formation | Cours en établissement | Cours en ligne ouverts à grande échelle |
| Hébergement courant | Par l’établissement, un prestataire ou le service de l’éditeur | Service hébergé par l’éditeur | Par l’organisation ou un prestataire spécialisé |
| Richesse pédagogique | Très grande, nombreuses activités et extensions | Large, plus resserrée | Forte sur les cours séquencés et les exercices |
| Prise en main enseignant | Exigeante au départ, très souple ensuite | Rapide | Exigeante, outil de conception dédié |
| Administration technique | Accessible à une équipe informatique classique | Faible pour le client en mode hébergé | Élevée : architecture à plusieurs services |
| Interoperability | LTI, SCORM, xAPI par extension, nombreux connecteurs | LTI (l’éditeur a fortement contribué à son adoption), API complète | LTI, API, intégrations à prévoir |
| Langues et communauté francophone | Très bien traduit, communauté francophone active | Traduit, communauté surtout anglophone | Traduit, communauté plus restreinte |
| Dépendance | Faible : nombreux prestataires | Forte à l’éditeur en mode hébergé | Moyenne : quelques prestataires spécialisés |
Les critères qui départagent
Qui va administrer la plateforme
C’est souvent le critère décisif, plus que les fonctions. Un établissement doté d’une équipe informatique peut héberger Moodle et l’adapter. Un établissement sans équipe technique choisira un service hébergé : Canvas, ou Moodle chez un prestataire. Open edX demande des compétences d’exploitation spécifiques, et se confie généralement à un prestataire spécialisé.
Le type de cours
Pour des cours en présence complétés en ligne, avec dépôt de devoirs, forums de groupe et carnet de notes, Moodle et Canvas sont tous deux adaptés. Pour un cours conçu pour être suivi seul, par un public large, avec des vidéos courtes et des exercices corrigés automatiquement, Open edX a été conçu pour cela.
Les standards d’interopérabilité
Le standard LTI, publié par le consortium 1EdTech, permet de brancher un outil externe (une classe virtuelle, un détecteur de similitudes, un manuel numérique) sur la plateforme sans développement spécifique. Sa version 1.3, avec les services associés, est désormais la référence ; il faut l’exiger des outils et vérifier que la plateforme la gère. SCORM reste utile pour les modules de formation professionnelle déjà produits ; xAPI pour suivre des activités hors de la plateforme.
L’accessibilité
Les trois projets publient des informations sur l’accessibilité de leur interface et déclarent viser les critères WCAG. Ces déclarations portent sur le logiciel, pas sur les cours : un cours composé de PDF scannés et de vidéos non sous-titrées reste inaccessible sur la meilleure plateforme. Il faut tester la plateforme avec des technologies d’assistance avant de choisir, puis former les concepteurs de cours.
Le coût d’une plateforme d’apprentissage ne se trouve pas dans la licence, gratuite pour les trois. Il se trouve dans l’hébergement, l’administration, l’assistance aux utilisateurs, l’intégration au système d’information et, surtout, la production et la mise à jour des cours.
Lecture par situation
Un ministère de l’éducation ou un réseau d’établissements qui veut une plateforme commune, hébergée sur son territoire, avec une forte maîtrise : Moodle est le choix le plus fréquent, grâce à sa communauté et à la diversité des prestataires.
Une université qui préfère un service clés en main et une interface homogène pour ses enseignants : Canvas en mode hébergé, à condition d’examiner la localisation des données, la réversibilité et le coût sur la durée.
Une organisation qui forme un large public, par exemple un programme national de formation en ligne ou une institution qui publie des cours ouverts : Open edX, avec un prestataire d’exploitation et une équipe de conception pédagogique dédiée.
Une entreprise qui forme ses salariés : les trois peuvent convenir, mais des plateformes de formation professionnelle spécialisées, hors de ce comparatif, sont aussi à considérer.
Avant de décider
- Décrire les usages réels : types de cours, nombre d’apprenants, pics d’activité (rentrée, examens).
- Identifier qui administrera la plateforme, avec quelles compétences.
- Lister les outils à connecter et vérifier leur compatibilité LTI 1.3.
- Tester la plateforme avec des enseignants et des apprenants, y compris avec des technologies d’assistance.
- Vérifier la localisation des données des apprenants et le cadre de protection applicable.
- Calculer le coût complet sur cinq ans, production des cours comprise.
Notre dossier sur les systèmes d’information de l’éducation replace la plateforme dans l’ensemble des outils d’un établissement. Notre guide sur les plateformes d’enseignement accessibles détaille les tests à mener.
- Moodle HQ, documentation officielle et informations de licence (moodle.org).
- Instructure, dépôt public du code de Canvas LMS et documentation.
- Axim Collaborative, projet Open edX (openedx.org).
- 1EdTech Consortium, spécifications Learning Tools Interoperability (LTI) 1.3.
- W3C, Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) 2.2, 2023.
Questions fréquentes
Quelle plateforme d'apprentissage choisir pour une université ?
Moodle et Canvas sont les plus répandues dans l'enseignement supérieur. Moodle convient bien quand l'établissement veut maîtriser l'hébergement et adapter la plateforme ; Canvas quand il préfère un service hébergé et une interface homogène. Open edX se justifie surtout pour des cours ouverts à un large public.
Peut-on héberger Canvas soi-même ?
Le code de Canvas est publié sous licence libre et peut être installé, mais la grande majorité des établissements utilisent le service hébergé par l'éditeur. L'auto-hébergement demande des compétences importantes et ne donne pas accès à toutes les fonctions de l'offre commerciale.
Migrer d'une plateforme à l'autre est-il difficile ?
La structure des cours se transfère en partie grâce à des formats d'échange, mais les activités interactives, les banques de questions et l'historique des apprenants se transfèrent mal. Une migration se prépare comme un projet, avec un tri des cours à reprendre et un temps de reprise par les enseignants.