Vérification d’identité à distance : méthodes et risques
Prouver qui l'on est sans se déplacer suppose de choisir parmi plusieurs méthodes, qui n'offrent ni la même garantie, ni la même accessibilité, ni les mêmes risques. Un guide pour choisir selon l'enjeu.
Ouvrir un compte, déposer une demande d’acte, signer à distance : toutes ces opérations exigent la vérification d’identité à distance. Le choix de la méthode ne devrait pas être une question de mode technologique, mais d’enjeu : plus la démarche a de conséquences, plus la garantie doit être forte.
Commencer par l’enjeu
Le règlement européen eIDAS distingue trois niveaux de garantie pour l’identification électronique : faible, substantiel, élevé. Cette échelle est utile même hors du champ strict du texte. Demander l’accès à un service d’information ne justifie pas la même exigence que recevoir un acte d’état civil ou autoriser un virement. On évite ainsi deux travers : sécuriser trop peu ce qui est sensible, et alourdir sans raison ce qui ne l’est pas.
Quatre familles de méthodes
| Méthode | Principe | Points forts | Points faibles |
|---|---|---|---|
| Document et selfie | Photo de la pièce, lecture automatique, comparaison avec un selfie vivant | Rapide, disponible à toute heure | Qualité variable des documents, fraude par injection de média, biais de reconnaissance faciale |
| Visioconférence avec un agent | Un agent contrôle la pièce et la personne en direct | Jugement humain, souplesse | Coût, horaires, fatigue de l’agent, rejouable par des vidéos truquées |
| Identité numérique d’État | Application ou carte à puce, certificat et authentification forte | Garantie élevée, réutilisable | Couverture inégale, besoin d’un terminal compatible |
| Source tierce | Vérification via un registre officiel ou une banque déjà contrôlée | S’appuie sur une vérification antérieure | Dépend de l’accès à la source et de son niveau de qualité |
Les risques à garder en tête
Les attaques évoluent. Aux pièces falsifiées s’ajoutent les attaques par présentation (photo ou masque devant la caméra) et les attaques par injection, où un flux vidéo fabriqué est envoyé directement au lieu de passer par la caméra. Les contre-mesures combinent détection de vivacité, contrôles sur le terminal et vérification du document par ses éléments de sécurité ou auprès d’une source.
Un parcours qui ne fonctionne pas avec un vieux téléphone, une pièce usée ou un visage mal reconnu exclut des personnes légitimes. Les systèmes biométriques ont montré des écarts de performance selon les populations : testez sur des publics variés et prévoyez un recours humain.
Protéger les données collectées
Une pièce d’identité et une image du visage sont des données très sensibles. Collectez le strict nécessaire, chiffrez, limitez la durée de conservation, et ne gardez pas l’image si le résultat de la vérification suffit. La CNIL publie des recommandations sur le contrôle d’identité en ligne qu’il convient de consulter.
Une règle de décision simple
- Classer la démarche selon son enjeu.
- Associer à chaque niveau une méthode et une voie alternative.
- Tester la fraude et l’accessibilité avant l’ouverture.
- Mesurer après lancement les abandons et les rejets à tort.
Nos travaux sur l’identité numérique et sur la numérisation de l’état civil appliquent cette logique par niveaux.
Questions fréquentes
Un selfie avec une pièce d'identité suffit-il ?
Pour des enjeux modérés, souvent. Pour une démarche à effet juridique ou financier fort, il faut un niveau de garantie supérieur ou une vérification par une source officielle.
Que dit le règlement eIDAS sur les niveaux de garantie ?
Il définit trois niveaux (faible, substantiel, élevé) pour les moyens d'identification électronique, avec des exigences croissantes sur la vérification de l'identité et sur l'authentification.
Comment limiter la fraude par deepfake ?
En combinant détection de vivacité, contrôle de l'intégrité du flux vidéo, vérification du document auprès de sources fiables et, pour les enjeux forts, une étape humaine.