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Accessibilité des sites publics : ce que montrent les audits

9 min

Résumé
  • Les sources se recoupent : la conformité complète des sites publics reste minoritaire
  • Une poignée de défauts simples concentre l'essentiel des erreurs détectées automatiquement
  • Les outils automatiques ne voient qu'une partie des obstacles : un site sans erreur détectée n'est pas un site accessible
  • Les progrès les plus nets viennent des corrections dans les gabarits et les composants partagés

La directive européenne sur l’accessibilité des sites internet et des applications mobiles des organismes du secteur public a été adoptée en 2016. Les États membres ont dû la transposer en 2018, l’appliquer aux nouveaux sites dès 2019 et à tous les sites en 2020, puis rendre compte de sa mise en œuvre. Ces rapports, les observatoires nationaux et les analyses automatiques menées chaque année à grande échelle permettent aujourd’hui un état des lieux de l’accessibilité des sites publics. Que disent ces audits, et jusqu’où peut-on les croire ?

Cette synthèse rassemble des sources publiques et vérifiables. Elle distingue ce qui est établi, ce qui est probable et ce que les données ne permettent pas de dire.

Les sources disponibles

Trois familles de sources éclairent la question. Elles ne mesurent pas la même chose, et c’est en les croisant que l’on obtient une image fiable.

Source Ce qu’elle mesure Méthode Limite principale
Rapports de suivi des États membres (directive 2016/2102) Conformité d’échantillons de sites et d’applications publics Méthode fixée par la décision d’exécution (UE) 2018/1524 : suivi simplifié sur de nombreux sites, suivi approfondi sur un échantillon Échantillons et méthodes variables d’un pays à l’autre ; comparaisons délicates
Observatoires nationaux Accessibilité déclarée des démarches en ligne les plus utilisées En France, l’observatoire de la qualité des démarches en ligne suit notamment l’existence d’une déclaration et le taux de conformité annoncé Repose souvent sur les déclarations des administrations elles-mêmes
Analyses automatiques à grande échelle Erreurs détectables par un outil sur des pages d’accueil Le rapport annuel WebAIM Million analyse le million de pages d’accueil les plus visitées Pages d’accueil seulement ; ne voit qu’une partie des obstacles ; pas propre au secteur public
Audits manuels publiés Conformité détaillée d’un site à un référentiel (RGAA, EN 301 549) Grille complète appliquée à un échantillon de pages par un auditeur Coûteux, donc rares et ponctuels ; publiés de façon inégale

Ce que montrent ces audits

La conformité complète reste l’exception

Les rapports de suivi transmis à la Commission européenne, comme les observatoires nationaux, convergent sur un point : seule une minorité des sites publics contrôlés atteint la conformité complète au référentiel. La plupart sont partiellement conformes, avec des taux qui varient fortement d’un organisme à l’autre. Les démarches les plus utilisées, souvent portées par de grandes administrations, ne font pas systématiquement mieux que des sites plus modestes.

Les mêmes défauts, partout

Les analyses automatiques à grande échelle montrent une concentration frappante. Dans l’édition 2025 du rapport WebAIM Million, près de 95 % des pages d’accueil analysées présentaient au moins une erreur détectable au regard des WCAG, avec une cinquantaine d’erreurs en moyenne par page. Et six types de défauts représentaient à eux seuls la très grande majorité des erreurs : texte trop peu contrasté (sur près de huit pages sur dix), images sans alternative textuelle, champs de formulaire sans étiquette, liens vides, boutons vides, langue du document non déclarée. Ces six défauts reviennent d’une année sur l’autre depuis le premier rapport, en 2019.

Ces chiffres portent sur l’ensemble du web, pas sur le seul secteur public. Mais les audits publiés de sites publics décrivent les mêmes familles de défauts, auxquelles s’ajoutent des difficultés propres aux démarches : formulaires longs, documents PDF non structurés, délais de session trop courts, dispositifs anti-robots inaccessibles.

La bonne nouvelle en creux

Si l’essentiel des erreurs détectées tient à une poignée de défauts simples, c’est qu’une grande partie du chemin peut être parcourue vite. Ces défauts se corrigent pour la plupart dans les gabarits, les feuilles de style et les composants partagés : une correction, et toutes les pages en profitent.

La déclaration d’accessibilité progresse plus vite que l’accessibilité

La directive impose une déclaration d’accessibilité pour chaque site public. Les observatoires montrent que leur nombre a augmenté nettement, mais qu’une partie reste incomplète, ancienne, ou fondée sur un audit très partiel. La déclaration mesure l’engagement de l’organisme ; elle n’est pas une preuve d’accessibilité.

Ce qui est établi, et ce qui ne l’est pas

Établi

  • La conformité complète est minoritaire parmi les sites publics contrôlés
  • Quelques défauts simples concentrent l’essentiel des erreurs détectées automatiquement
  • Ces défauts sont stables dans le temps : ils ne disparaissent pas d’eux-mêmes
  • Les formulaires et les documents téléchargeables sont des points faibles récurrents
Non établi

  • Un classement fiable des pays entre eux : méthodes et échantillons diffèrent
  • L’effet réel des sanctions et des contrôles sur la conformité
  • La part des obstacles que rencontrent vraiment les usagers, au-delà des erreurs techniques
  • Une tendance nette d’amélioration du secteur public dans son ensemble

Les limites des audits eux-mêmes

La première limite tient aux outils. Un test automatique vérifie qu’une image possède un attribut d’alternative, pas que le texte décrit l’image ; qu’un champ a une étiquette, pas que la consigne est compréhensible ; qu’un contraste est suffisant, pas que la page reste utilisable au clavier. En 2017, le service numérique du gouvernement britannique avait testé plusieurs outils sur une page truffée de défauts volontaires : chacun n’en trouvait qu’une partie, et même leur combinaison en laissait passer. Une page sans erreur détectée peut donc rester inutilisable pour une personne aveugle ou qui navigue au clavier.

La deuxième limite tient à l’échantillon. La plupart des analyses portent sur des pages d’accueil, alors que les obstacles se concentrent dans les parcours : connexion, formulaire, paiement, téléchargement d’un justificatif. Un audit sérieux suit un parcours complet, comme le recommandent les méthodes du RGAA et de la norme EN 301 549.

La troisième limite tient à l’usager. Aucun audit de conformité ne remplace l’observation de personnes handicapées qui utilisent le service. Les obstacles qu’elles rencontrent le plus souvent recoupent en partie les erreurs techniques, mais pas toujours : un formulaire techniquement conforme peut rester incompréhensible, une session expirer avant que l’on ait fini de lire, une vérification anti-robots bloquer l’accès. Les enquêtes menées auprès des utilisateurs de lecteurs d’écran, comme celles que WebAIM conduit régulièrement depuis 2009, rappellent combien ces difficultés d’usage pèsent à côté des défauts de code.

Pourquoi les mêmes défauts persistent

Que les mêmes défauts reviennent d’année en année n’est pas le signe d’un manque de connaissance : les critères sont publics, documentés et souvent simples. Les audits publiés et les retours d’expérience des organismes pointent plutôt quatre causes, qui tiennent à l’organisation.

Les composants viennent d’ailleurs. Un site public assemble un gestionnaire de contenus, un thème graphique, des modules de formulaires, un lecteur vidéo, un outil de prise de rendez-vous, une carte, un bandeau de consentement. Chacun peut introduire des défauts que l’organisme ne maîtrise pas directement. Tant que l’accessibilité n’est pas exigée et vérifiée dans les contrats de ces fournisseurs, les corrections du site ne tiennent pas.

Les contenus sont produits par beaucoup de mains. Les images sans alternative, les liens « cliquez ici » et les documents PDF non structurés viennent souvent de contributeurs qui n’ont jamais été formés, et d’outils de publication qui ne les aident pas. Le gabarit peut être conforme et les pages ne pas l’être.

Les refontes effacent les progrès. Un site corrigé pendant deux ans peut être remplacé par une nouvelle version conçue sans exigence d’accessibilité. Les audits de suivi montrent régulièrement des régressions après une refonte, faute de clauses et de recette adaptées.

Le contrôle est rare. Les obligations existent, mais les contrôles et les sanctions restent peu nombreux dans la plupart des pays. L’entrée en application de l’acte européen sur l’accessibilité, en juin 2025, pour une partie des produits et services du secteur privé, pourrait faire évoluer l’offre des fournisseurs de composants et d’outils, et profiter indirectement aux sites publics. Il est trop tôt pour le mesurer.

Ces causes expliquent pourquoi les corrections ponctuelles, menées après un audit, s’érodent souvent. Ce qui tient dans la durée, ce sont des exigences inscrites dans les achats, des composants partagés corrigés une fois pour toutes, la formation des contributeurs et un contrôle régulier, même léger.

Ce qu’un organisme public peut en tirer

Les données disponibles suggèrent un ordre de bataille clair. Corriger d’abord, dans les gabarits et les composants, les défauts qui reviennent partout : contrastes, alternatives, étiquettes, liens et boutons vides, langue. Auditer ensuite les parcours les plus utilisés, du début à la fin, avec un auditeur et, si possible, des utilisateurs. Traiter les documents téléchargeables à la source, en les produisant accessibles plutôt qu’en les corrigeant après coup. Publier enfin une déclaration à jour, qui dit honnêtement ce qui reste à faire, et la relier à un schéma pluriannuel.

Nos guides sur la conduite d’un audit d’accessibilité et sur le schéma pluriannuel détaillent ces étapes. Le dossier complet sur l’accessibilité numérique replace ces constats dans une démarche d’ensemble. Notre expertise web accessible et notre offre Accessibilité et inclusion accompagnent les organismes dans cette démarche.

  1. Directive (UE) 2016/2102 du Parlement européen et du Conseil du 26 octobre 2016 relative à l’accessibilité des sites internet et des applications mobiles des organismes du secteur public.
  2. Décision d’exécution (UE) 2018/1524 de la Commission du 11 octobre 2018 établissant une méthode de contrôle et les modalités de présentation des rapports des États membres.
  3. Commission européenne, rapports de suivi des États membres au titre de la directive 2016/2102, et réexamen de l’application de la directive.
  4. WebAIM, The WebAIM Million, rapport annuel sur l’accessibilité du million de pages d’accueil les plus visitées, édition 2025.
  5. DINUM, observatoire de la qualité des démarches en ligne.
  6. Government Digital Service (Royaume-Uni), test comparatif d’outils automatiques d’accessibilité, 2017.
  7. W3C, Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) 2.2, 2023 ; ETSI EN 301 549 ; RGAA 4.1.2.

Questions fréquentes

Les sites publics sont-ils obligés d'être accessibles ?

Dans l'Union européenne, oui : la directive (UE) 2016/2102 impose aux sites et applications mobiles des organismes du secteur public d'être accessibles selon une norme harmonisée alignée sur les WCAG, et de publier une déclaration d'accessibilité. Les États membres doivent en surveiller l'application et en rendre compte à la Commission. D'autres pays ont des obligations comparables.

Un score de 100 sur un outil automatique suffit-il ?

Non. Les outils automatiques ne détectent qu'une partie des obstacles : ils vérifient qu'une image a une alternative textuelle, pas que cette alternative a du sens ; qu'un champ a une étiquette, pas que le parcours est compréhensible. Un audit manuel, et idéalement des tests avec des utilisateurs, restent nécessaires.

Quels défauts corriger en premier ?

Ceux qui reviennent dans toutes les analyses et qui bloquent le plus : contrastes insuffisants, images sans alternative, champs de formulaire sans étiquette, liens et boutons vides, langue de la page non déclarée. Corrigés dans les gabarits et les composants, ils disparaissent de toutes les pages à la fois.

La déclaration d'accessibilité est-elle un bon indicateur ?

C'est un indicateur d'engagement, pas de qualité. Elle est obligatoire pour les organismes publics européens, mais elle peut être absente, ancienne ou fondée sur un audit partiel. Sa présence et sa date disent si l'organisme suit le sujet ; son contenu dit ce qu'il sait de ses propres défauts.

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