Archiver les images médicales : volumes, durées, architecture
Un scanner peut produire plus d'un gigaoctet d'images, et le dossier qui les contient doit souvent être conservé vingt ans ou davantage. L'archivage des images médicales est un problème de volumes, de durées et de formats, à traiter ensemble.
Un service d’imagerie qui installe un nouveau scanner multiplie souvent ses volumes d’images sans s’en rendre compte : coupes plus fines, reconstructions multiples, séries supplémentaires. Les images s’accumulent dans le système d’archivage et de transmission (PACS), dont les baies de stockage arrivent à saturation bien avant la date prévue. Et ces images doivent rester accessibles pendant une durée qui se compte en décennies. L’archivage des images médicales est un problème à trois dimensions : les volumes, les durées et les formats. On ne le résout qu’en les traitant ensemble.
Ce guide s’adresse aux directions des systèmes d’information hospitaliers, aux chefs de service d’imagerie, aux groupements d’établissements et aux ministères qui organisent l’imagerie à l’échelle d’un territoire.
Estimer les volumes, modalité par modalité
Une moyenne par examen ne veut rien dire : une radiographie standard et un scanner thoraco-abdominal n’ont rien de comparable. L’estimation se fait par modalité, à partir des volumes réels de l’année écoulée, en tenant compte des équipements qui vont arriver.
| Modalité | Ordre de grandeur par examen | Ce qui fait varier |
|---|---|---|
| Radiographie numérique | Quelques dizaines de mégaoctets | Nombre d’incidences |
| Mammographie | Dizaines à centaines de mégaoctets ; bien davantage en tomosynthèse | Tomosynthèse, nombre de clichés |
| Échographie | Dizaines à centaines de mégaoctets | Séquences vidéo enregistrées |
| IRM | Centaines de mégaoctets | Nombre de séquences, résolution |
| Scanner | Centaines de mégaoctets à plusieurs gigaoctets | Épaisseur des coupes, reconstructions, phases |
| Pathologie numérique | Un à plusieurs gigaoctets par lame | Grossissement, nombre de lames |
Ces ordres de grandeur sont indicatifs et varient fortement selon les appareils et les protocoles ; seule la mesure sur vos propres équipements vaut. Deux questions changent souvent le résultat de l’estimation. Archive-t-on toutes les reconstructions, ou seulement celles utiles au diagnostic et au suivi ? Et conserve-t-on les coupes fines natives, ou seulement des coupes reconstruites plus épaisses ? Ces choix relèvent des radiologues, pas du service informatique : ils doivent être écrits et validés.
Connaître les durées de conservation
Les images font partie du dossier médical. Elles suivent donc, sauf règle particulière, ses durées de conservation. En France, le code de la santé publique impose de conserver le dossier vingt ans à compter du dernier séjour ou de la dernière consultation externe. Si le patient avait moins de huit ans lors de ce dernier passage, la conservation se prolonge jusqu’à son vingt-huitième anniversaire ; s’il décède moins de dix ans après, le dossier est conservé dix ans à compter du décès. D’autres pays fixent d’autres règles, parfois plus longues pour certaines catégories de patients ou d’examens. Notre guide sur les durées de conservation des dossiers médicaux détaille l’organisation qui en découle.
La conséquence pratique est double. La durée ne court pas à partir de la date de l’examen, mais du dernier contact du patient avec l’établissement : une image peut devoir être conservée bien plus de vingt ans. Et le calcul de la date de fin suppose de relier le système d’archivage au dossier administratif du patient.
Beaucoup d’établissements conservent tout, indéfiniment, faute de pouvoir calculer les dates de fin. C’est coûteux, et contraire au principe de limitation de la conservation des données personnelles. Une politique de purge écrite, validée par la direction et par les instances médicales, fait partie de l’archivage, au même titre que la conservation.
Choisir l’architecture
Le PACS sert à produire, lire et interpréter les images. Il n’est pas toujours le meilleur endroit pour les conserver vingt ans. Une architecture durable repose sur quelques principes.
Une archive neutre. L’archive neutre vis-à-vis des fournisseurs (VNA, pour vendor neutral archive) conserve les images au format DICOM standard, indépendamment du PACS et des appareils. Elle permet de changer de PACS sans migrer des années d’archives, et de regrouper les images de plusieurs services ou établissements. Les profils d’intégration d’IHE, notamment XDS-I.b pour le partage des images entre établissements, en organisent l’accès.
Un stockage par niveaux. Les images récentes sont consultées souvent : elles restent sur un stockage rapide. Au-delà de quelques mois ou années, les consultations deviennent rares : les images peuvent passer sur un stockage moins coûteux, plus lent, à condition que le délai de rappel reste acceptable pour la clinique (une comparaison avec un examen ancien ne peut pas attendre une journée).
La compression sans perte. La norme DICOM intègre des méthodes de compression sans perte, comme JPEG 2000 ou JPEG-LS, qui réduisent sensiblement les volumes sans altérer l’image. La compression avec perte relève d’un autre registre : elle n’est envisageable que pour certaines modalités et certains usages, selon les recommandations des sociétés savantes de radiologie, et avec la validation des radiologues.
Des copies séparées. Au moins deux copies, dans des lieux distincts, dont une protégée contre la modification et le chiffrement par un logiciel malveillant. Les établissements de santé sont des cibles fréquentes de rançongiciels ; une archive d’images inaccessible paralyse l’imagerie. Notre guide sur la règle de sauvegarde 3-2-1-1-0 s’applique pleinement.
Un hébergement conforme. Les images sont des données de santé. Leur hébergement pour le compte d’un établissement relève, en France, d’un hébergeur certifié HDS, et partout du régime le plus protecteur du droit des données personnelles.
Mettre en place en six étapes
- MesurerVolumes réels par modalité sur les deux dernières années, croissance attendue avec les nouveaux équipements, volume total déjà archivé et son état (formats, supports, lisibilité).
- Décider ce que l’on archiveAvec les radiologues : séries et reconstructions conservées, compression admise par modalité, traitement des examens externes importés.
- Écrire les règles de durée et de purgeÀ partir du droit applicable, avec le calcul des dates de fin relié au dossier administratif, et la procédure de validation avant suppression.
- Choisir l’architectureArchive neutre ou archivage dans le PACS, niveaux de stockage, localisation des copies, hébergeur, niveaux de service attendus pour le rappel des images anciennes.
- Migrer l’existantLes migrations d’archives d’images sont longues : elles se planifient sur des mois, avec vérification de l’intégrité et de la complétude de chaque examen migré.
- Tester dans la duréeRestaurations régulières, vérification de la lisibilité des images anciennes, revue annuelle des volumes et des coûts, application effective de la purge.
Les erreurs qui coûtent cher
- Laisser les archives dans le format interne d’un PACS, sans possibilité d’export DICOM complet, ce qui rend chaque changement de fournisseur très coûteux.
- Dimensionner le stockage sur la moyenne des années passées, sans tenir compte des nouveaux appareils.
- Placer toutes les copies dans le même bâtiment, ou sur le même réseau sans copie protégée.
- Ne jamais tester la relecture d’images anciennes, jusqu’au jour où l’on en a besoin pour une comparaison.
- Oublier les examens réalisés à l’extérieur et importés, dont la durée de conservation et le statut doivent être définis.
Penser au partage, pas seulement à la conservation
Une archive bien conçue sert aussi à partager : avec le médecin traitant, avec un autre établissement, avec le patient lui-même. Les mêmes standards (DICOM, profils IHE) qui garantissent la conservation permettent l’échange, et évitent de refaire des examens faute d’accès aux précédents. C’est l’un des principes du dossier patient partagé, que notre produit Betz met en œuvre. Notre expertise santé numérique accompagne les établissements et les autorités sanitaires dans le dimensionnement et l’organisation de ces archives.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il conserver les images médicales ?
Le plus souvent, aussi longtemps que le dossier médical dont elles font partie. En France, le code de la santé publique fixe une durée de vingt ans à compter du dernier séjour ou de la dernière consultation, avec des règles particulières pour les mineurs et en cas de décès. D'autres pays ont leurs propres règles : il faut se référer au droit national et aux recommandations des autorités sanitaires.
Qu'est-ce qu'une archive neutre (VNA) ?
C'est un système d'archivage d'images médicales indépendant du PACS et des appareils, qui conserve les images au format DICOM standard et les met à disposition de plusieurs applications. Elle permet de changer de PACS sans migrer les archives, et de regrouper les images de plusieurs services ou établissements.
Peut-on compresser les images pour économiser de la place ?
Oui, sans perte, avec des méthodes intégrées à la norme DICOM, comme JPEG 2000 ou JPEG-LS en mode sans perte, qui réduisent sensiblement les volumes sans altérer l'image. La compression avec perte est plus délicate : elle relève de choix cliniques, par modalité, encadrés par les recommandations des sociétés savantes et validés par les radiologues.
Où héberger les archives ?
Dans l'établissement ou chez un hébergeur, en respectant le droit applicable aux données de santé. En France, l'hébergement de ces données pour le compte d'un tiers exige un hébergeur certifié HDS. Dans tous les cas, au moins une copie doit se trouver dans un lieu distinct, et la restauration doit être testée.