Tests utilisateurs avec des personnes handicapées : organisation
Un audit de conformité dit si un service respecte des critères. Seul un test avec des personnes handicapées dit si elles parviennent à l'utiliser. Organiser ces tests demande peu de moyens, mais une préparation plus soignée qu'un test ordinaire.
Un site peut respecter la plupart des critères du RGAA et rester difficile à utiliser pour une personne aveugle. Un formulaire peut être techniquement correct et décourager une personne ayant des troubles de l’attention. Les audits de conformité vérifient des règles ; ils ne disent pas si une personne parvient au bout de sa démarche. Pour le savoir, il faut tester avec des utilisateurs handicapés, dans des conditions qui respectent leur façon de travailler.
Ce guide s’adresse aux équipes de conception, aux chefs de projet et aux référents accessibilité qui veulent organiser ces tests, que ce soit pour la première fois ou de façon régulière.
Ce que le test apporte, et ce qu’il n’apporte pas
Le test révèle des obstacles que l’audit ne voit pas : un parcours trop long avec un lecteur d’écran, une consigne ambiguë, un délai trop court, une organisation de page qui oblige à revenir sans cesse en arrière. Il montre aussi les stratégies réelles des utilisateurs, souvent différentes de ce qu’imaginent les concepteurs.
En revanche, il ne garantit pas la conformité. Quelques participants ne couvrent pas toutes les situations de handicap, toutes les technologies d’assistance ni tous les parcours. Le test et l’audit se complètent : l’audit établit la conformité, le test vérifie l’usage.
Recruter
Le recrutement est l’étape la plus longue. Les canaux les plus efficaces sont les associations de personnes handicapées, les services d’accompagnement, les réseaux professionnels et les panels spécialisés. Il faut s’y prendre plusieurs semaines à l’avance et expliquer clairement l’objet du test, sa durée, son déroulement et sa rémunération.
Le choix des profils dépend du service. Un service en ligne grand public gagnera à inclure au moins une personne utilisant un lecteur d’écran, une personne malvoyante utilisant un agrandissement, une personne qui navigue au clavier ou avec une commande adaptée, et une personne ayant des difficultés de lecture ou de compréhension. Les personnes sourdes ou malentendantes sont indispensables dès que le service comporte de la vidéo, de l’audio ou un contact téléphonique.
Le niveau d’aisance numérique compte autant que le profil de handicap. Un expert des technologies d’assistance contournera des obstacles qui arrêteront un utilisateur occasionnel. Il faut viser une diversité de niveaux, et ne pas recruter uniquement des personnes qui travaillent elles-mêmes dans l’accessibilité.
Adapter le dispositif à chaque profil
| Profil | Précautions principales |
|---|---|
| Personnes aveugles | Utiliser leur ordinateur ou téléphone et leur lecteur d’écran, avec leurs réglages ; envoyer les documents préparatoires dans un format accessible ; décrire oralement le lieu et les personnes présentes |
| Personnes malvoyantes | Permettre leurs réglages d’agrandissement et de contraste ; éclairage adapté ; éviter les consignes uniquement visuelles |
| Personnes sourdes ou malentendantes | Prévoir un interprète en langue des signes ou une transcription en temps réel selon la préférence de la personne ; consignes écrites |
| Personnes à mobilité réduite ou motricité fine limitée | Lieu accessible, poste réglable ; respecter leurs dispositifs de commande ; prévoir plus de temps |
| Troubles cognitifs, de l’attention ou de l’apprentissage | Consignes courtes, en langage clair, données une à une ; séances plus courtes avec des pauses ; présence possible d’un accompagnant |
| Troubles psychiques | Cadre prévisible, déroulé annoncé, droit d’arrêter à tout moment rappelé ; pas d’observateurs nombreux |
Présence ou distance
- Observation fine des gestes et des hésitations
- Plus adapté à certains troubles cognitifs et à l’accompagnement
- Exige un lieu réellement accessible, transports compris
- Risque de tester avec un matériel qui n’est pas celui du participant
- Le participant utilise son environnement habituel
- Recrutement plus large, sans contrainte de déplacement
- Exige un outil de visioconférence lui-même accessible et un essai technique préalable
- Observation plus difficile de ce qui se passe hors de l’écran
Pour les personnes utilisant un lecteur d’écran, il faut pouvoir entendre la synthèse vocale pendant la séance : cela se vérifie lors de l’essai technique. Un test à distance où l’on ne perçoit que l’écran, sans le son du lecteur, perd l’essentiel de l’information.
Conduire la séance
Le déroulé d’un test ressemble à celui d’un test ordinaire : accueil, consentement, quelques questions sur les habitudes, réalisation de tâches, échange final. Quelques règles changent.
Laisser le participant installer son environnement. Les cinq premières minutes servent à régler le volume, la vitesse de la synthèse vocale, l’agrandissement. Ce temps fait partie du test.
Donner des tâches, pas des instructions. « Vous souhaitez demander une place en crèche pour votre enfant » plutôt que « Cliquez sur le bouton Démarches ». Le participant doit trouver son chemin.
Ne pas aider trop tôt. L’animateur intervient si le participant est bloqué et le demande, ou si la situation devient pénible. Chaque aide se note : elle marque un obstacle.
Limiter les observateurs. Deux personnes au plus dans la pièce ; les autres suivent à distance, avec l’accord du participant.
Le formulaire de consentement, le document d’information et le reçu de rémunération sont souvent les premiers obstacles du test lui-même. Ils doivent être accessibles, rédigés en langage clair et, si nécessaire, présentés oralement. Les données collectées (enregistrements, notes) relèvent de la protection des données personnelles, d’autant plus qu’elles révèlent une information de santé.
Exploiter les résultats
Chaque obstacle observé est décrit précisément : où, pour quel participant, avec quelle conséquence (ralentissement, contournement, abandon). On le rapproche ensuite, s’il y a lieu, du critère d’accessibilité correspondant, ce qui aide les développeurs à corriger. Les obstacles sont classés par gravité, et les plus graves corrigés avant le test suivant.
Restituer les résultats aux participants qui le souhaitent est une marque de respect, et entretient un réseau de testeurs pour la suite. Les équipes qui testent régulièrement constatent que le recrutement devient plus facile au fil des sessions.
Liste de contrôle
- Les objectifs du test et les parcours à tester sont définis.
- Les profils sont choisis selon le service et ses usagers.
- Le recrutement passe par des associations ou des panels, avec une rémunération prévue.
- Le lieu, les documents et le consentement sont accessibles.
- Les participants utilisent leur propre matériel et leurs réglages.
- L’essai technique est prévu pour les séances à distance.
- Les obstacles sont décrits, classés et rapprochés des critères de conformité.
- Les résultats sont restitués aux participants qui le souhaitent.
Notre dossier complet sur l’accessibilité numérique situe ces tests dans une démarche d’ensemble. Le programme Accessibilité et inclusion de DOSOBE organise audits et tests utilisateurs, et forme les équipes à les conduire elles-mêmes.
Questions fréquentes
Combien de participants faut-il pour un test d'accessibilité ?
Pour repérer les obstacles principaux, quelques participants par profil de handicap suffisent souvent : cinq à huit au total pour un premier test ciblé sur deux ou trois profils. Il vaut mieux plusieurs petits tests au fil du projet qu'une grande campagne à la fin.
Faut-il rémunérer les participants ?
Oui. Leur temps et leur expertise d'usage ont la même valeur que ceux de n'importe quel participant à un test, souvent davantage, car le test leur demande parfois plus d'efforts. Le défraiement des transports et de l'accompagnant éventuel s'ajoute à la rémunération.
Un test à distance est-il aussi fiable qu'un test en présence ?
Pour beaucoup de profils, il l'est davantage : le participant est chez lui, avec son matériel et ses réglages habituels. Il demande en revanche une préparation technique, un outil de visioconférence lui-même accessible, et convient moins bien à certaines situations de handicap cognitif.